Certains investisseurs sont mécontents qu'Intel ait accepté de vendre aux États-Unis une participation de 10 % dans la société après que Donald Trump ait attaqué le PDG d'Intel, Lip-Bu Tan, en exigeant sa démission. Après qu'Intel ait accepté l'accord lors d'une réunion avec le président, certains investisseurs se sont alarmés lorsque Trump s'est vanté que sa campagne de pression avait fonctionné, affirmant que Tan « était venu pour garder son poste et qu'il avait fini par nous donner 10 milliards de dollars pour les États-Unis ».Depuis plusieurs années, l’administration américaine considère la production de semi-conducteurs comme un enjeu stratégique majeur. Dans ce contexte, Intel a bénéficié de programmes publics comme le CHIPS and Science Act ou encore les aides destinées à renforcer les chaînes d’approvisionnement critiques. Mais le 22 août 2025, un nouveau pas a été franchi : l’État fédéral ne s’est plus contenté de distribuer des subventions ou crédits fiscaux. Il a converti 11,1 milliards de dollars de fonds publics en une prise de participation directe de 9,9 % dans Intel, sous forme d’actions non votantes.
Cette conversion s’est faite à un prix inférieur à celui du marché, offrant à l’État une plus-value immédiate et non négligeable. Donald Trump, qui a personnellement revendiqué le mérite de l’opération, n’a pas hésité à ironiser : « Les États-Unis n'ont rien payé pour ces actions », soulignant que, selon lui, c’est le contribuable américain qui en sort vainqueur.
En pratique, l’État fédéral devient l’un des principaux actionnaires d’Intel. Mais la participation du gouvernement reste passive : pas de droits de vote, pas de siège au conseil d’administration. L’État n’a donc pas la main sur les choix stratégiques de l’entreprise, mais il devient un actionnaire de référence. À cela s’ajoute un mécanisme incitatif : un warrant valable cinq ans qui permettrait à l’État d’augmenter sa participation jusqu’à 5 % supplémentaires si Intel perdait le contrôle majoritaire de son activité de foundry. Une manière de garantir que l’entreprise reste un acteur américain central dans la production de puces stratégiques.
Les investisseurs réagissent : « Cela crée un mauvais précédent »
« Cela crée un mauvais précédent si le président peut simplement s'approprier 10 % d'une entreprise en menaçant son PDG », a déclaré à Reuters James McRitchie, un investisseur privé et actionnaire activiste californien qui détient des actions Intel. Pour McRitchie, l'acceptation de l'accord par Tan a en fait envoyé le message suivant : « Nous aimons Trump, nous ne voulons pas qu'on nous prenne 10 % de notre entreprise. »
McRitchie n'était pas le seul actionnaire à s'interroger. Kristin Hull, directrice des investissements d'une société militante californienne appelée Nia Impact Capital, qui gère des actions Intel pour ses clients, a déclaré à Reuters qu'elle avait « plus de questions que de confiance » quant aux avantages que cet accord apporterait aux investisseurs. Pour elle, cet accord semble brouiller les frontières « entre le gouvernement et le secteur privé ».
Certains des premiers partisans de l'accord, notamment des géants technologiques comme Microsoft et des détracteurs de Trump comme Bernie Sanders (I-Vt.), ont salué cet accord qui permet aux États-Unis de tirer profit des milliards de dollars de subventions CHIPS accordées à Intel sous l'administration Biden. Après avoir fait pression en faveur de l'accord, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick a critiqué Joe Biden pour avoir donné « gratuitement » les subventions CHIPS, tout en félicitant Trump d'avoir transformé les subventions de la loi CHIPS en « capitaux propres pour l'administration Trump »...
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