Pénuries de mémoire, explosion des prix du stockage, disques durs redevenus des produits sous tension : le matériel informatique traverse une nouvelle zone de turbulence. Mais derrière ces symptômes multiples, un cas cristallise toutes les dérives actuelles du marché : celui de la RTX 5070 Ti. Carte graphique annoncée, testée, commentée, mais pratiquement absente des étals, elle incarne un basculement profond. En 2026, l’intelligence artificielle ne se contente plus de tirer la demande vers le haut : elle assèche littéralement le marché grand public, jusqu’à rendre certains produits presque théoriques.Le premier signal d’alarme est venu de la mémoire. La DRAM, et en particulier les modules DDR5 destinés aux serveurs, est devenue un composant stratégique. Les grands acteurs du cloud et de l’IA absorbent une part croissante de la production mondiale, laissant les intégrateurs, les OEM et même certains fabricants de PC face à des arbitrages difficiles. Résultat : des délais qui s’allongent, des contrats renégociés à la hausse et une pression directe sur les coûts des machines professionnelles. D'ailleurs, les prix contractuels de décembre 2025 pour les principales catégories de DRAM ont augmenté de 80 à 100 %, selon Gerry Chen, PDG de Team Group. Il a décrit cette hausse des prix comme le début d'un cycle haussier de plusieurs années pour la RAM et a averti que l'impact le plus sévère se fera sentir au premier semestre 2026, une fois que les distributeurs auront épuisé leurs stocks.
Mais la situation a rapidement débordé ce seul segment. Les capacités industrielles étant finies, les fondeurs et assembleurs réallouent leurs lignes de production vers les composants à plus forte valeur ajoutée, ceux utilisés dans les clusters d’IA et les infrastructures hyperscale. Cette logique de priorité économique crée mécaniquement des pénuries en cascade sur des marchés historiquement plus stables.
Cartes graphiques : un marché grand public sacrifié
Le cas des GPU est emblématique. Certaines cartes graphiques récentes, pourtant annoncées avec fracas, deviennent quasi invisibles sur le marché. Les volumes existent, mais ils sont aspirés par des usages professionnels ou semi-professionnels, parfois via des circuits de distribution parallèles. Pour les joueurs comme pour les créateurs indépendants, la situation rappelle de mauvais souvenirs : prix gonflés, stocks fantômes et produits « officiellement disponibles » mais introuvables en pratique.
Ce phénomène révèle un changement structurel. Le GPU n’est plus seulement un composant de loisir ou de création graphique, c’est un accélérateur de calcul devenu critique pour l’IA générative, l’inférence et l’entraînement de modèles. Tant que cette demande restera aussi soutenue, le marché grand public continuera de passer après, quelle que soit la stratégie marketing affichée.
RTX 5070 Ti : le symbole d’un marché GPU qui ne fonctionne plus
L’exemple de la RTX 5070 Ti est particulièrement révélateur de la situation actuelle. Officiellement positionnée comme une carte graphique de milieu/haut de gamme destinée au grand public exigeant, elle incarne en pratique tout ce qui dysfonctionne dans le marché des GPU en 2026. Annoncée avec des performances attractives et un positionnement censé remplacer une génération vieillissante, elle est devenue presque invisible dans les circuits classiques de vente.
Le problème n’est pas tant l’absence de production que l’absence de disponibilité réelle. Les volumes existent, mais ils sont aspirés en amont par des canaux professionnels, des intégrateurs spécialisés ou des acteurs qui arbitrent en faveur d’usages plus lucratifs que le jeu ou la création individuelle. Résultat : pour l’utilisateur final, la RTX 5070 Ti est soit introuvable, soit proposée à des tarifs qui n’ont plus aucun rapport avec son positionnement théorique.
Cette situation a un effet pervers majeur. Elle vide de sa substance l’ensemble du segment « milieu de gamme ». Là où ce segment a longtemps constitué le cœur du marché GPU, permettant un renouvellement raisonnable du matériel tous les deux ou trois ans, il devient aujourd’hui une zone grise, coincée entre des cartes d’entrée de gamme peu attractives et des modèles haut de gamme réservés à une élite financière ou professionnelle.
Plus inquiétant encore, la RTX 5070 Ti n’est pas un cas isolé mais un signal. Elle montre que même des produits récents, conçus explicitement pour le marché grand public, peuvent devenir économiquement non viables dans un contexte où la priorité industrielle est donnée aux accélérateurs de calcul pour l’IA. Le GPU, autrefois produit phare de la démocratisation des performances, se transforme en ressource stratégique rationnée.
Pour les joueurs, les créateurs indépendants et de nombreuses PME, le message est clair : attendre une normalisation rapide du marché relève désormais de l’illusion. La RTX 5070 Ti n’est pas simplement une carte difficile à trouver, elle est le symptôme d’un basculement durable où le grand public n’est plus la cible prioritaire.
SSD haute capacité : quand le stockage flash devient un luxe
Autre victime collatérale de cette ruée vers l’IA : les SSD de grande capacité. Les modèles 8, 16 ou 30 téraoctets, autrefois réservés à quelques niches professionnelles, sont désormais au cœur des architectures de données modernes. Les pipelines d’IA consomment du stockage rapide en quantités massives, ce qui pousse les fabricants à privilégier ces références au détriment des gammes plus accessibles.
La conséquence est double. D’une part, les prix montent, parfois brutalement, même pour des SSD pourtant matures technologiquement. D’autre part, certaines capacités intermédiaires deviennent difficiles à sourcer, ce qui complique la vie des intégrateurs et des responsables d’infrastructure cherchant un équilibre entre performance, capacité et budget.
Le retour inattendu du disque dur sous pression
Fait plus surprenant encore, les disques durs mécaniques sont eux aussi touchés. Longtemps considérés comme une technologie stable, à la croissance lente mais prévisible, ils subissent aujourd’hui une flambée de prix inédite. Les modèles de très grande capacité, notamment ceux destinés aux datacenters, voient leurs tarifs bondir de manière spectaculaire.
Là encore, l’IA joue un rôle clé. L’archivage massif de données, les jeux de données d’entraînement et les besoins de réplication à grande échelle redonnent une importance stratégique au HDD. Les fabricants, confrontés à une demande soudaine et concentrée, ajustent leurs prix en conséquence. Pour les entreprises qui comptaient sur le disque dur comme solution économique de stockage, la douche est froide.
Une industrie face à ses limites structurelles
Ce qui frappe dans cette nouvelle crise, c’est moins son existence que son ampleur transversale. Mémoire, calcul, stockage : toutes les briques fondamentales de l’informatique moderne sont concernées. Cela met en lumière les limites d’un modèle industriel extrêmement optimisé, mais peu résilient face à des changements de demande aussi rapides et massifs.
Les fabricants investissent, bien sûr, dans de nouvelles capacités de production. Mais ces investissements prennent du temps, et l’IA ne montre aucun signe de ralentissement. Entre-temps, ce sont les acteurs intermédiaires — intégrateurs, éditeurs de solutions, PME technologiques — qui encaissent le choc, contraints de revoir leurs marges, leurs délais ou leurs offres.
Les rendements des projets d'IA sont inférieurs aux attentes
Jusqu'à présent, les investisseurs ne voient pas l'adoption de l'IA se traduire par une amélioration de la rentabilité ou de la croissance. Selon un sondage réalisé auprès de cadres supérieurs par le cabinet de conseil Deloitte et le Centre for AI, Management and Organisation de l'université de Hong Kong, 45 % ont déclaré que les initiatives en matière d'IA avaient généré des rendements inférieurs à leurs attentes. L'IA peine toujours à tenir ses promesses.
Selon le rapport, seuls 10 % des répondants ont déclaré que leurs attentes avaient été dépassées. Une étude réalisée par McKinsey, un autre cabinet de conseil, a révélé que pour la plupart des organisations, l'utilisation de l'IA n'avait pas encore eu d'impact significatif sur les bénéfices à l'échelle de l'entreprise.
Même son de cloche au sein de l'enquête annuelle menée par le cabinet de conseil Teneo auprès de plus de 350 dirigeants d’entreprises cotées; 68 % des PDG prévoient d’augmenter encore...
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Cette nouvelle vague de pénuries marque-t-elle la fin du modèle du PC « performant et abordable » tel qu’on l’a connu ces vingt dernières années ?