Publié dans la revue scientifique Nature le 18 février 2026, une percée majeure des laboratoires de recherche de Microsoft relance le projet Silica avec une promesse spectaculaire : stocker des données numériques pour 10 000 ans dans du verre borosilicaté ordinaire — le même que celui de votre plat à gratin. Une avancée qui pourrait transformer radicalement l'archivage froid, en remplaçant les bandes magnétiques et disques durs par un medium quasi éternel, résistant à l'eau, à la chaleur et à la corrosion.Depuis 2019, les équipes du laboratoire Microsoft Research de Cambridge travaillent sur une idée qui tient davantage de la bibliothèque d'Alexandrie revisitée que de l'ingénierie logicielle classique : encoder des données numériques à l'intérieur même de la matière vitreuse, à l'aide de lasers femtosecondes. Ces impulsions laser ultra-courtes — de l'ordre de quelques quadrillionièmes de seconde, c'est-à-dire 10-15 — modifient la structure interne du verre au niveau nanométrique, créant des points de données tridimensionnels appelés voxels.
Jusqu'ici, la technique nécessitait de la silice fondue pure, un matériau noble, coûteux, difficile à produire et disponible auprès d'un nombre très limité de fournisseurs. C'est précisément ce goulet d'étranglement que le projet vient de faire sauter.
La publication dans Nature annonce en effet que les chercheurs ont réussi à adapter la technologie au verre borosilicaté, un matériau de grande diffusion commerciale, utilisé dans les plats allant au four, les tubes à essai de laboratoire ou les hublots de lave-vaisselle. En termes de disponibilité et de coût, le bond est considérable : on passe d'un matériau de spécialité à un produit de commodité mondiale.
Comment ça fonctionne : des voxels gravés dans la masse
Le principe du stockage dans le verre repose sur la modification permanente de la structure atomique du matériau. Le laser femtoseconde focalise une énergie extrêmement concentrée en un point précis à l'intérieur de la plaque de verre, sans affecter la surface, créant un voxel — un pixel volumétrique — qui peut encoder plusieurs bits d'information selon ses propriétés optiques.
L'équipe a développé deux méthodes distinctes. La première, dite des voxels biréfringents, exploite la polarisation de la lumière : en modifiant la manière dont le voxel interagit avec la lumière polarisée, il est possible d'y stocker plusieurs niveaux d'information. La seconde, entièrement nouvelle, s'appelle les voxels de phase : au lieu de modifier la polarisation, on agit sur le déphasage optique du verre. L'avantage est que cette technique ne requiert qu'une seule impulsion laser, contre deux ou plusieurs pour la méthode biréfringente précédente — ce qui simplifie considérablement le processus d'écriture et ouvre la voie à des débits bien plus élevés.
Les données sont inscrites sur des centaines de couches superposées dans une plaque de verre de seulement 2 mm d'épaisseur. La densité ainsi obtenue reste élevée, même si le borosilicaté offre une capacité environ deux fois moindre que la silice pure. En échange, la vitesse d'écriture est nettement améliorée et le coût potentiellement divisé par plusieurs ordres de grandeur.
Un système d'écriture et de lecture réarchitecturé
L'un des progrès les plus pratiques annoncés dans la publication concerne les dispositifs de lecture et d'écriture eux-mêmes. Les lecteurs précédents nécessitaient trois ou quatre caméras pour décoder les informations optiques contenues dans les voxels biréfringents. Le nouveau système n'en requiert plus qu'une seule, réduisant considérablement la complexité mécanique, le coût du matériel et les besoins en calibration.
Du côté de l'écriture, la technique du pseudo-monopulse permet une astuce élégante : une seule impulsion laser peut être divisée après sa polarisation initiale pour simultanément amorcer l'écriture d'un voxel et finaliser celui du précédent. Cela permet un balayage rapide du faisceau sur le média, comparable au fonctionnement d'une imprimante qui n'attendrait pas que chaque caractère soit complètement séché avant de passer au suivant.
La recherche a également mis au point un système d'écriture en parallèle : plusieurs faisceaux lasers travaillent...
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