Les lunettes connectées Ray-Ban Meta Display (avec écran intégré) sont sorties aux États-Unis le 30 septembre 2025 au prix de 799 USD. En mars dernier, les rapports faisaient déjà état de 7 millions de ventes. Leur lancement international (notamment en France et en Europe) était prévu pour début 2026, mais il a été repoussé en raison de contraintes réglementaires sur lesquelles l’entreprise doit s’arrimer. En effet, une question que ni les partenariats avec Prada ni les LED de signalement ne peuvent résoudre : comment protéger la vie privée de ceux qui ne portent pas ces lunettes ? La situation est telle que les Ray-Ban (et dispositifs similaires) portent désormais le nom péjoratif de « lunettes de pervers »your phone track meta ray bans recording even if u dont see them
— savip (@savipww) July 29, 2026
it's called nearby glasses (repo in replies)
NY pulled camera eyewear from all 1240 of its courthouses on july 20 and stated the recording led is not a safeguard
so a swiss dev shipped a canary instead
everyone… https://t.co/1ZANphn6ZD pic.twitter.com/EguFcx5Sts
Les lunettes connectées Ray-Ban de Meta, équipées de caméras et d'une IA, suscitent aujourd'hui une controverse si vive que de nombreux utilisateurs préfèrent désormais les laisser chez eux. Cette forte réticence s'explique en partie par la profonde méfiance du grand public à l'égard du géant mondial des réseaux sociaux. Meta possède en effet un historique marqué par la mauvaise utilisation des données personnelles et des informations biométriques.
Le cas le plus connu de violation de données par Meta est le scandale Cambridge Analytica. L'intégration controversée de technologies de reconnaissance faciale dans ces lunettes n'a fait que renforcer les craintes légitimes liées à la surveillance et aux violations de la vie privée.
La réputation de ces appareils a été particulièrement détériorée par des usages malveillants. De nombreux influenceurs, majoritairement masculins, se sont servis de ces lunettes pour filmer discrètement et sans leur consentement des femmes qu'ils tentaient de séduire, dans le seul but de publier ces vidéos sur Internet. D'autres individus sont allés jusqu'à faire du chantage en tentant d'extorquer de l'argent aux personnes enregistrées secrètement.
Une enquête de la BBC a identifié des centaines de vidéos enregistrées sans consentement par des dizaines d’influenceurs à l’aide de lunettes connectées. Des hommes filmaient secrètement des femmes dans des salles de sport, sur les plages et dans les transports en commun, accumulant ainsi des millions de vues en ligne. Un homme a secrètement filmé une femme, diffusé les clips sur les réseaux sociaux, puis exigé un paiement pour les supprimer.
Bien sûr, Meta et les autres fabricants ne disposent d'aucun moyen pour empêcher les usages malveillants, si ce n'est de compter sur la bonne moralité des utilisateurs. En raison de ces dérives extrêmement aliénantes pour le public, ces appareils sont désormais fréquemment qualifiés de « lunettes de pervers ».
Meta présente ses lunettes connectées comme la réponse immédiate à tout, mais la réalité s'apparente davantage à un épisode de Black Mirror. Pour les femmes qui se trouvent de l'autre côté de l'objectif, la façon dont ces lunettes combinent une base de données et une caméra en fait un cauchemar de surveillance high-tech et intrusif. Lorsque vous enregistrez une vidéo avec votre smartphone, vous devez le tenir à la main. Il est à la vue de tout le monde.
Cette posture indique clairement que vous filmez. Mais les lunettes connectées sont conçues pour passer inaperçues, prêtes à enregistrer à tout moment. Meta que « la LED qui s’allume chaque fois que quelqu’un prend une photo ou enregistre une vidéo indique clairement aux autres que l’appareil est en train d’enregistrer ». Toutefois, sur les réseaux sociaux, des bricoleurs clandestins montrent déjà comment masquer le témoin lumineux de ces appareils.
L’entreprise tente un rattrapage en suspendant un mur de monétisation intégré à ces dernières, suite à une vague de critiques
De multiples rapports font état de la suspension par Meta de son test d'abonnement payant pour le mode « Conversation Focus » de ses lunettes connectées.
L’entreprise avait discrètement annoncé que la fonctionnalité « Conversation Focus » de ses lunettes connectées serait bientôt limitée à trois heures d’utilisation par mois, à moins que vous ne souscriviez à un abonnement Meta One Premium à 19,99 dollars.Meta's decision to limit free access to the Conversation Focus feature on its Ray-Ban smart glasses has sparked significant backlash. This feature, which enhances hearing in noisy environments, operates entirely on-device. Critics argue that imposing a paywall on such an… pic.twitter.com/sqI8F6Mf8c
— The Daily Tech Feed (@dailytechonx) July 27, 2026
Elle avait ensuite insisté sur le fait qu’aucun abonnement ne sera nécessaire pour utiliser vos lunettes. Elle promettait alors à ce moment de se contenter de simplement de mettre en place une espèce de « limite de débit » pour certaines fonctionnalités d’IA. Ainsi, même les abonnés Premium ne devaient bénéficier que que de 15 heures de « Conversation Focus » par mois dans le cadre de ladite limite.
Le problème est que la fonctionnalité « Conversation Focus » qui amplifie la voix de votre interlocuteur pour vous permettre de mieux l’entendre dans les environnements bruyants, ne devrait en aucun cas faire l’objet d’une telle limitation, car elle n’utilise pas les serveurs de Meta. Elle fonctionne directement sur l’appareil, en utilisant les puces intégrées aux lunettes que vous avez déjà achetées.
Même si une fonctionnalité telle que « Conversation Focus » est traitée en local sur l'appareil (au travers des puces intégrées à vos lunettes connectées Ray-Ban Meta), Meta l'a néanmoins associée à un système d'accès payant via votre application compagnon et votre compte synchronisé dans le cloud.
Votre application compagnon synchronise en permanence vos données d'utilisation vers les serveurs de l'entreprise. Elle comptabilise le nombre de minutes ou d'heures que vous passez à utiliser la fonctionnalité intégrée à l'appareil et compare ce chiffre à votre quota mensuel (par exemple, 3 heures pour les utilisateurs gratuits contre 15 heures pour les abonnés premium).
Dès que vous atteignez votre seuil d’utilisation local, votre application pour smartphone connectée coupe l’accès ou affiche une invite vous invitant à vous abonner. Vos lunettes se connectent à votre profil, détectent que le compte n’a pas souscrit à la mise à niveau premium et bloquent la commande en question.
Le logiciel applique nativement ces limites via des contrôles d’authentification. Même lorsque le traitement ne s’effectue pas à distance, les lunettes n’exécuteront pas la fonctionnalité sans un jeton d’authentification valide et payant émis par les serveurs de Meta. D’avis de nombreux observateurs, les Ray-Ban de Meta allongent la liste des cas dits d’enshittification de la filière Tech ou de dégradation des services en ligne au travers de mécanismes visant à maximiser le profit des entreprises
Et vous ?
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