Le projet de Donald Trump visant une production technologique entièrement américaine est jugé chimérique même par les industriels. Selon la Consumer Technology Association (CTA), rapatrier toute la chaîne d’approvisionnement de seulement dix catégories de produits essentiels coûterait des centaines de milliards de dollars et mobiliserait une main-d’œuvre et une électricité colossales, rendant cet objectif quasi infaisable. De plus, les prix de vente des appareils flamberaient pour les consommateurs. La CTA suggère de se concentrer d'abord sur l'assemblage national tout en réduisant les droits de douane sur les composants importés de pays alliés.Washington a initié une stratégie ambitieuse visant à relocaliser l'ensemble des chaînes d'approvisionnement des technologies clés sur le sol américain. Cette politique repose sur le lancement de la Mission Genesis par décret présidentiel fin 2025. Elle cherche à utiliser la domination des États-Unis dans le domaine de l'IA pour accélérer la recherche scientifique, doubler la productivité américaine en matière de science et d'ingénierie en dix ans.
L'objectif fixé par le président américain Donald Trump est plus qu'audacieux : la création de chaînes d'approvisionnement autosuffisantes, sans dépendre de pays voisins ou d'alliés historiques pour la fabrication des composants. En juillet, la Maison-Blanche a annoncé des engagements fédéraux dépassant cinq milliards de dollars répartis sur plus de quinze agences pour soutenir des projets allant de la médecine à la recherche sur les matériaux.
Cependant, de nombreux analystes estiment que la vision de Donald Trump est une « utopie ». Les coûts sont démesurés et États-Unis ne disposeraient pas de la main-d'œuvre qualifiée dans plusieurs domaines. La Consumer Technology Association (CTA) s'est penchée sur la question dans une étude récente.
L'impact financier, humain et énergétique de la relocalisation
Pour évaluer la viabilité de ce projet, l'association a analysé le coût et l'impact logistique du rapatriement complet de la production pour dix catégories d'équipements grand public, incluant les smartphones, ordinateurs portables, téléviseurs et montres connectées. La mise en place d'une chaîne de production intégrale aux États-Unis d'ici 2031 pour ces dix catégories nécessiterait des investissements compris entre 185 et 230 milliards de dollars.
La contrainte en ressources humaines s'avère tout aussi impressionnante, car le secteur devrait embaucher entre 555 000 et 668 000 salariés à plein temps supplémentaires. Cela représenterait plus du double de l'effectif actuel dans l'industrie américaine de la fabrication d'ordinateurs et de produits électroniques.
Le fonctionnement des usines de fabrication nécessiterait entre 19,1 et 19,5 milliards de kilowatts-heures d'électricité par an, entrant en compétition directe avec la consommation massive des centres de données pour l'IA. Dans son rapport, la CTA fait remarquer qu'il ne suffit plus de dire que « la relocalisation est difficile », soulignant la nécessité de chiffrer précisément ce que cette exigence imposerait aux entreprises locales et aux ménages.
En autres projets audacieux, Washington vise aussi 50 % de semiconducteurs fabriqués sur son sol d’ici deux ans. À ce propos, Gary Shapiro, président du conseil d'administration de la CTA, a été catégorique : « il n'est pas réaliste de penser que dans deux ans, nous aurons plus de 50 % de la fabrication de semiconducteurs aux États-Unis ». Selon lui, « l'objectif est physiquement impossible, et impossible sur le plan de la main-d'œuvre ».
Hausse des coûts de fabrication et répercussion potentielles
Sur le plan économique, le rapport de la CTA souligne que les smartphones représentent le défi le plus complexe de ce projet ambitieux en raison de leur coût de fabrication très élevé et de leur caractère indispensable pour les consommateurs. En tenant compte des droits de douane en vigueur, l'association professionnelle estime que fabriquer intégralement un smartphone aux États-Unis ferait grimper son coût de production d'environ 152 %.
Les autres catégories verraient également leurs coûts de fabrication augmenter de façon spectaculaire, notamment de 93 % pour les ordinateurs portables, 97 % pour les montres connectées et 41 % pour les téléviseurs. Bien que les entreprises absorberaient une partie des coûts, la répercussion de 25 % à 50 % de cette hausse sur les prix de vente entraînerait une hausse moyenne pondérée des prix à la consommation entre 27 % et 55 %.
Dans son rapport, l'association met en garde contre une politique indifférenciée, expliquant qu'imposer « une relocalisation totale risque d'imposer les coûts les plus élevés aux consommateurs là où la réalité économique est la moins favorable ». De plus, environ 80 % des membres de la CTA étant des petites et moyennes entreprises incapables d'absorber de tels investissements, ces augmentations risqueraient d'alimenter l'inflation globale.
La CTA a également fait valoir que la politique tarifaire relative aux composants devait également être réexaminée. Elle a indiqué que les droits de douane sur les composants augmentaient les coûts d’assemblage aux États-Unis, alourdissant ainsi la charge des coûts de fabrication pour les entreprises locales, et qu’ils pourraient entraîner des hausses de prix abusives pour des produits que les consommateurs considèrent comme essentiels.
Option d'un assemblage national et défis illustrés par Apple
Afin d'éviter un choc économique brutal, la CTA préconise une approche par étapes en commençant par relocaliser uniquement l'assemblage final des produits. Selon l'association, cela réduirait les dépenses en capital nécessaires à une fourchette de 16 à 19 milliards de dollars. Et même dans cette configuration jugée prudente, la hausse des coûts de production atteindrait 67 % pour les smartphones et 50 % pour les ordinateurs portables.
Néanmoins, les entreprises pourraient maintenir leurs partenariats avec des fournisseurs alliés de confiance pour la fourniture des composants le temps de structurer l'industrie nationale. Le cas d'Apple met en lumière l'ampleur du problème : avec un droit de douane de 25 % visant à forcer la production de l'iPhone aux États-Unis, les estimations suggèrent qu'un iPhone fabriqué sur le sol américain pourrait coûter entre 1 500 et 3 500 dollars.
Par ailleurs, un ancien ingénieur de fabrication chez Apple a aussi souligné qu'il est « pratiquement impossible » de trouver suffisamment d'ouvriers qualifiés aux États-Unis pour répondre à la demande mondiale. Steve Jobs et Tim Cook, deux anciens PDG d'Apple, ont déclaré depuis plus d'une décennie que la fabrication de l'iPhone n'est pas possible aux États-Unis. L'insistance de Donald Trump laisse pour l'instant Apple dans l'embarras.
« Vous construisez cette [chaîne d'approvisionnement] aux États-Unis avec une usine en Virginie-Occidentale et dans le New Jersey. Ce seront des iPhone à 3 500 dollars », a déclaré Dan Ives, en référence aux usines de production de haute technologie où sont fabriquées les puces informatiques qui alimentent les appareils électroniques. Selon plusieurs analystes, les droits de douane de Donald Trump menacent directement l'empire d'Apple.
En 2025, Barton Crockett, analyste chez Rosenblatt Securities, a noté : « nos calculs rapides suggèrent que cela pourrait faire exploser Apple, coûtant potentiellement à l'entreprise 40 milliards de dollars ». Il a déclaré que des négociations entre Apple, la Chine et la Maison Blanche sont probables pour éviter le drame : « nous avons du mal à imaginer que Trump fasse exploser une icône américaine [...], mais cela semble plutôt difficile ».
Source : Consumer Technology Association
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