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Le chantage via des lunettes connectées est désormais réel : un homme a secrètement filmé une femme via ces dispositifs, diffusé les images sur les réseaux sociaux, puis exigé un paiement pour les supprimer

Le , par Mathis Lucas

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Le chantage via des lunettes connectées est désormais réel : un homme a secrètement filmé une femme via ces dispositifs, diffusé les images sur les réseaux sociaux, puis exigé un paiement pour les supprimer

La dystopie des lunettes connectées prend forme. Une enquête au Royaume-Uni met au jour un stratagème consistant à filmer à l'aide de lunettes connectées, suivi d'une demande de paiement pour la suppression des images. Elle relate un incident récent à Londres où un homme a utilisé des lunettes connectées pour filmer une femme à son insu dans un lieu public. L'individu a ensuite diffusé la séquence sur les réseaux sociaux et aurait exigé un paiement pour supprimer le contenu, transformant ainsi l'usage de cette technologie en un outil d'extorsion. Cet incident rappelle la réalité sombre que dissimule la prolifération de ces dispositifs d'espionnage discrets.

Une femme faisant ses courses à Londres a récemment été victime d'un nouveau type de cybercriminalité impliquant des lunettes connectées équipées de caméras. Un homme portant ce gadget discret l'a filmée secrètement, puis a diffusé la séquence sur les réseaux sociaux, où elle a généré des dizaines de milliers de vues. Dans une enquête publiée récemment, la BBC a rapporté que la vidéo a été visionnée environ 40 000 fois à la date du 7 mai.

L'aspect le plus alarmant de cette affaire réside dans le fait que l'individu aurait ensuite exigé de l'argent pour supprimer la vidéo, qualifiant cet acte de « service payant ». Bien que l'auteur des faits nie toute tentative d'extorsion, ce cas marque une escalade dans l'utilisation malveillante de ces technologies, allant au-delà de la simple captation d'images sans consentement. C'est une nouvelle alerte sur les dangers de ces gadgets pour la vie privée.

Identifiée sous le pseudonyme d'Alice, la femme a déclaré qu'elle n'avait aucune idée qu'elle était filmée. « Il n’avait pas de téléphone, il ne braquait pas d’appareil photo directement sur mon visage », a-t-elle déclaré. « Il a le fichier, ce qui me met toujours mal à l’aise. Je me sens tout simplement impuissante ».

Les difficultés de régulation et l'impuissance des autorités

Face à cet incident, la réaction des plateformes et des forces de l'ordre illustre la complexité du problème. Si TikTok a supprimé la vidéo et banni le compte de l'utilisateur pour violation des règles sur le harcèlement, les images ont néanmoins été republiées sur d'autres sites. De leur côté, les services de police ont indiqué ne pas disposer de suffisamment d'informations pour lancer une enquête approfondie, malgré le signalement de la victime.

@bbcnews After being secretly filmed, Alice was told to pay to have this video removed from social media, where it had been viewed more than 40,000 times. #SocialMedia #Smartglasses #BBCNews ♬ original sound - BBC News

Cette situation souligne un vide juridique ou technique où la preuve de l'intention criminelle reste difficile à établir, alors même que le préjudice pour la victime est réel. L'incident relance le débat sur la conception même des lunettes connectées, dont la discrétion est le principal défaut en matière de sécurité publique. Contrairement à un smartphone que l'on doit tenir devant soi, ces lunettes permettent de filmer de manière quasi invisible.

Bien que les lunettes connectées soient censées posséder un voyant lumineux (LED) indiquant qu'un enregistrement est en cours, celui-ci n'a pas été remarqué par la victime dans ce cas précis, ce qui suggère qu'il était soit trop discret, soit volontairement masqué. Les critiques soulignent que tant que ces appareils intégreront des caméras, il sera très difficile d'empêcher des individus de les détourner à des fins d'espionnage ou de harcèlement.

Au-delà de la simple captation vidéo, l'opinion publique s'inquiète de l'intégration future de l'IA avec ces gadgets. Beaucoup craignent que de simples vidéos captées fortuitement ne servent de base à l'IA pour créer des contenus compromettants ou falsifiés (deepfakes). Pour l'heure, les fabricants n'ont pas encore proposé de solution technique infaillible pour garantir le respect de la vie privée d'autrui, laissant la porte ouverte à plusieurs abus.

Le défi de la vie privée et les limites techniques de gadget

La BBC a identifié des comptes gérés par le même homme sur YouTube, Instagram et Threads. L'intéressé a déclaré au média que la mention de « service payant » concernait les demandes de modification de contenu, et non les demandes de suppression de données personnelles. TikTok a banni son compte pour violation des règles. Le Dr Beatriz Kira, de l’université du Sussex, à Brighton, a appelé les plateformes à « s’attaquer à la racine du problème ».

La professeure Clare McGlynn, de l’université de Durham, a déclaré que ce comportement « ne correspondait pas à un chantage classique ». Elle a noté qu’ici, « l’homme refusait de retirer quelque chose, à moins que la victime ne lui verse de l’argent, ce qui constitue une menace pour cette victime ». Un porte-parole du gouvernement a déclaré que « filmer et partager du contenu sans consentement est ignoble et ne sera pas toléré ».

Un amendement au projet de loi sur la criminalité et les services de police, annoncé le 19 février 2026, obligerait les plateformes à supprimer les images intimes non consenties dans un délai de 48 heures, sous peine d’amendes pouvant atteindre 10 % de leur chiffre d’affaires mondial éligible.

Cette mesure n’était pas encore en vigueur lorsque la vidéo d’Alice a été diffusée. Le Bureau du commissaire à l’information (ICO) a écrit à Meta en mars 2026 après que des informations ont révélé que des sous-traitants avaient visionné des images intimes capturées à l’aide des lunettes connectées Ray-Ban Meta. Le voyant d’enregistrement des lunettes connectées Ray-Ban Meta peut être désactivé par le porter afin de filmer discrètement.

Le scandale des vidéos intimes filmées par les Ray-Ban

Une enquête publiée en février a révélé que des travailleurs de Sama, un sous-traitant de Meta basé au Kenya, visionnent des vidéos captées par les lunettes connectées Ray-Ban dans le cadre de missions d'annotation de données pour l'IA de Meta. Plus de 30 employés ont été interrogés à divers niveaux de Sama. Certaines des personnes interrogées dans le cadre de l'enquête ont travaillé sur d'autres projets que les lunettes connectées de Meta.

Selon le rapport, les enregistrements envoyés au sous-traitant SAMA contenaient des éléments que la plupart des gens auraient probablement préféré garder privés, notamment des vidéos de personnes regardant du porno, utilisant les toilettes, ainsi que des informations bancaires et de carte de crédit. Les répondants ont déclaré avoir vu des images filmées montrant des personnes en train « d'avoir des relations sexuelles et d'utiliser les toilettes ».

« Nous voyons tout, des salons aux corps nus. Il y a aussi des scènes sexuelles filmées avec des lunettes intelligentes, quelqu'un les porte pendant qu'il a des relations sexuelles », aurait confié l'un des employés de Sama. « Dans certaines vidéos, on peut voir quelqu'un aller aux toilettes ou se déshabiller. Je ne pense pas qu'ils en soient conscients, car s'ils le savaient, ils ne filmeraient pas ». Mais les problèmes de confidentialités ne s'arrêtent pas là.

« J'ai vu une vidéo dans laquelle un homme pose ses lunettes sur la table de chevet et quitte la pièce. Peu après, sa femme entre et se change », a déclaré un travailleur anonyme de Sama. Un autre employé anonyme a déclaré avoir vu les partenaires des utilisateurs des lunettes Ray-Ban sortir nus des toilettes.

Un travailleur a ajouté qu'il se sentait obligé de regarder et d'annoter, sous peine de perdre son emploi. « Vous comprenez que vous regardez la vie privée de quelqu'un, mais en même temps, on attend simplement de vous que vous fassiez votre travail. Vous n'êtes pas censé poser de questions. Si vous commencez à poser des questions, vous êtes viré ». Les données annotées sont utilisées par Meta pour former ses grands modèles de langage (IA).

Une infrastructure discrète pour la surveillance de masse

Meta a vendu plus de 7 millions d'unités de ses lunettes connectées Ray-Ban rien que l'année dernière. Ce qui signifie que plus 7 millions de dispositifs discrets capables de capter images et sons circulent désormais dans la nature, avec les risques évidents que cela pose pour la vie privée. Aucune loi fédérale sur la reconnaissance faciale n'est actuellement en vigueur et les garde-fous de Meta n'empêchent pas les potentiels abus de son gadget.


Les préoccupations soulevées par l’EFF s’inscrivent dans une controverse déjà bien documentée concernant les pratiques de Meta en matière de données. Face à cette accumulation de critiques, Meta a choisi la voie du silence. Il n'a ni reconnu les inquiétudes soulevées ni tenté d'y répondre de façon significative.

La politique de confidentialité de Meta pour les appareils portables stipule que les photos et vidéos prises avec ses lunettes Ray-Ban sont envoyées à Meta « lorsque vous activez le traitement cloud, interagissez avec le service Meta AI sur vos lunettes ou téléchargez vos médias vers certains services fournis par Meta (comme Facebook). Vous pouvez modifier vos choix concernant le traitement cloud de vos médias à tout moment dans les paramètres ».

Certes, Meta se couvre légalement via ses conditions d'utilisation. Mais le problème dépasse ce cadre : une partie de ces vidéos envoyées aux examinateurs humains (les employés du sous-traitant Sama) auraient été enregistrées accidentellement, ce qui signifie que même un utilisateur ayant lu attentivement les conditions générales d'utilisation n'aurait pas pu éviter que ses moments les plus intimes tombent sous les yeux d'un inconnu.

Une riposte s'organise contre les lunettes connectées

L'Electronic Frontier Foundation (EFF) a publié une déclaration concernant les lunettes connectées, mettant en garde toute personne ayant le moindre souci de confidentialité numérique contre leur achat. Et il ne s'agit pas seulement de groupes de défense ; des interdictions pures et simples se profilent, notamment de la part d’une compagnie de croisière populaire et du College Board, qui classe ces lunettes intelligentes parmi les outils de tricherie.

Si la contestation n'a pas encore atteint son paroxysme, elle s'oriente clairement dans cette direction, et Meta, pour sa part, n'a même pas pris acte de ces préoccupations, sans parler de tenter d'y répondre de manière constructive. D'un côté, cela n'a rien de surprenant. Meta est une entreprise qui s'est fait un nom en s'appropriant les données des utilisateurs, souvent au détriment des personnes qui ont rendu ses services précieux au départ.

D'un autre côté, cela semble d'une certaine manière encore plus irrespectueux que d'habitude. Meta parie peut-être sur le fait que la réputation de ses lunettes connectées, considérées comme une menace pour la vie privée, finira par s'estomper, et que les consommateurs continueront à utiliser ses produits comme d'habitude. Cela a largement fonctionné avec Facebook et Instagram ; pourquoi les lunettes connectées seraient-elles donc différentes ?

Mais les Ray-Ban ne sont pas des réseaux sociaux, et le fait est que les lunettes connectées restent un objet que très peu de gens possèdent et dont encore moins de gens ressentent le besoin. Du point de vue des consommateurs, les lunettes connectées sont vulnérables et faciles à écarter. Si les gens décidaient demain qu’ils ne voulaient pas acheter une paire fabriquée par Meta ou par une autre marque, les ventes s'effondreraient rapidement.

Conclusion

Cette nouvelle forme de cybercriminalité illustre une impasse technologique et éthique majeure : le conflit insoluble entre la recherche de discrétion des utilisateurs de lunettes connectées et la protection de la vie privée d'autrui. L'échec manifeste des témoins lumineux de sécurité et l'impuissance actuelle des cadres juridiques face à l'extorsion suggèrent que ces gadgets demeureront des outils de prédilection pour le harcèlement et la prédation.

Bien que les autorités manquent de preuves pour agir contre l'auteur de cette vidéo, l'affaire relance le débat sur la surveillance clandestine facilitée par les nouveaux appareils portables. Par ailleurs, les experts mettent en garde contre les dérives malveillantes de l'IA intégrée aux lunettes connectées.

Et vous ?

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Ces gadgets deviennent des outils de prédilection pour le harcèlement et la prédation. Qu'en pensez-vous ?

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Pensez-y deux fois avant d'acheter ou d'utiliser les Ray-Ban de Meta : si vous envisagez d'acheter des lunettes connectées, vous ne serez pas le seul à pouvoir voir et entendre vos enregistrements, selon l'EFF
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Avatar de Artaeus
Nouveau Candidat au Club https://www.developpez.com
Le 09/05/2026 à 18:08
"Il faut condamner Meta et interdire les lunettes !"

=> Évidement, on va encore entendre ce type de discours à la mode, déresponsabilisant complètement les criminels ...
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