Le marché des lunettes connectées fait face à une controverse croissante. Ces dispositifs portables sont désormais surnommés par dépit les « lunettes de pervers ». Le public rejette de plus en plus ce produit à cause de son utilisation abusive par certains hommes pour filmer des femmes à leur insu, créant un climat d'insécurité sociale. La situation est telle que certains utilisateurs craignent d'être perçus comme des prédateurs et préfèrent laisser l'appareil au placard. Alors que les législateurs tentent de réglementer ces appareils, les critiques pointent également du doigt les failles de confidentialité et l'intégration inquiétante de la reconnaissance faciale par Meta.Les lunettes connectées Ray-Ban de Meta, équipées de caméras et d'une IA, suscitent aujourd'hui une controverse si vive que de nombreux utilisateurs préfèrent désormais les laisser chez eux. Cette forte réticence s'explique en partie par la profonde méfiance du grand public à l'égard du géant mondial des réseaux sociaux. Meta possède en effet un historique marqué par la mauvaise utilisation des données personnelles et des informations biométriques.
Le cas le plus connu de violation de données par Meta est le scandale Cambridge Analytica. L'intégration controversée de technologies de reconnaissance faciale dans ces lunettes n'a fait que renforcer les craintes légitimes liées à la surveillance et aux violations de la vie privée.
Lunettes de pervers : un surnom illustrant des usages malveillants
La réputation de ces appareils a été particulièrement détériorée par des usages malveillants. De nombreux influenceurs, majoritairement masculins, se sont servis de ces lunettes pour filmer discrètement et sans leur consentement des femmes qu'ils tentaient de séduire, dans le seul but de publier ces vidéos sur Internet. D'autres individus sont allés jusqu'à faire du chantage en tentant d'extorquer de l'argent aux personnes enregistrées secrètement.
Une enquête de la BBC a identifié des centaines de vidéos enregistrées sans consentement par des dizaines d’influenceurs à l’aide de lunettes connectées. Des hommes filmaient secrètement des femmes dans des salles de sport, sur les plages et dans les transports en commun, accumulant ainsi des millions de vues en ligne. Un homme a secrètement filmé une femme, diffusé les clips sur les réseaux sociaux, puis exigé un paiement pour les supprimer.
Bien sûr, Meta et les autres fabricants ne disposent d'aucun moyen pour empêcher les usages malveillants, si ce n'est de compter sur la bonne moralité des utilisateurs. En raison de ces dérives extrêmement aliénantes pour le public, ces appareils sont désormais fréquemment qualifiés de « lunettes de pervers ».
Meta présente ses lunettes connectées comme la réponse immédiate à tout, mais la réalité s'apparente davantage à un épisode de Black Mirror. Pour les femmes qui se trouvent de l'autre côté de l'objectif, la façon dont ces lunettes combinent une base de données et une caméra en fait un cauchemar de surveillance high-tech et intrusif. Lorsque vous enregistrez une vidéo avec votre smartphone, vous devez le tenir à la main. Il est à la vue de tout le monde.
Cette posture indique clairement que vous filmez. Mais les lunettes connectées sont conçues pour passer inaperçues, prêtes à enregistrer à tout moment. Meta que « la LED qui s’allume chaque fois que quelqu’un prend une photo ou enregistre une vidéo indique clairement aux autres que l’appareil est en train d’enregistrer ». Toutefois, sur les réseaux sociaux, des bricoleurs clandestins montrent déjà comment masquer le témoin lumineux de ces appareils.
Meta intègre des capacités plus terrifiantes malgré la controverse
Ce mépris du consentement est ancré dans la manière dont Meta entraîne son IA. En mars, une enquête menée par deux journaux suédois a révélé que des sous-traitants au Kenya, chargés d’examiner les clips filmés pour améliorer l’expérience des lunettes, observaient des personnes aux toilettes ou en train d’avoir des relations sexuelles. « On voit tout, des salons aux corps nus », a déclaré un employé au Svenska Dagbladet et au Göteborgs-Posten.
La réponse de Meta ? Résilier le contrat avec son partenaire kenyan et continuer comme si de rien n’était. Un mois plus tôt, le New York Times avait révélé que Meta travaillait sur une nouvelle fonctionnalité encore plus terrifiante. Cette fonctionnalité, baptisée en interne « Name Tag », permettrait aux utilisateurs de ses lunettes d’identifier des personnes et de trouver des informations à leur sujet grâce à une immense base de données alimentée par l’IA.
Il ne s’agit pas seulement de vie privée, mais aussi de sécurité. Imaginez un inconnu assis en face de vous dans un train. À travers ses lunettes, il pourrait voir votre nom, vos réseaux sociaux, vos amis communs, ainsi que votre lieu de travail, votre établissement scolaire ou vos lieux de sortie, sans votre aval.
Cette technologie élimine pratiquement toute possibilité de passer inaperçu dans la foule. Elle transforme chaque espace public en une base de données consultable où n’importe qui disposant des moyens pour s'offrir une paire de lunettes peut découvrir votre identité en un clic. Pour les victimes de violences conjugales ou les femmes harcelées, cela représente une menace constante. « C'est en effet digne d'un épisode de Black Mirror », a écrit un critique.
Des utilisateurs enthousiastes désillusionnés face au rejet du public
Les personnes ayant initialement acheté cet appareil se retrouvent aujourd'hui hésitantes à l'idée de le porter en public. Danielle, une créatrice de contenu spécialisée dans le voyage, témoigne de son malaise en affirmant que « beaucoup d'hommes et leurs comportements ont ruiné ce produit ». Consciente de l'inconfort qu'elle pourrait générer autour d'elle, Danielle estime aujourd'hui que ses lunettes ne sont plus qu'un banal « presse-papier de luxe ».
L'hostilité se fait également ressentir en ligne, dissuadant de potentiels acheteurs. Un producteur vidéo a ainsi renoncé à son achat après avoir constaté sur les réseaux sociaux que porter cet accessoire technologique équivalait, aux yeux de beaucoup, à être perçu comme un « prédateur » ou un individu inquiétant.
De manière assez paradoxale, et ce malgré les nombreux usages malveillants et les recours collectifs en justice concernant la vie privée, les lunettes connectées Ray-Ban de Meta connaissent une immense popularité, dépassant largement les tentatives précédentes comme les Google Glass. L'entreprise continue de pousser massivement son produit, en s'appuyant notamment sur des campagnes promotionnelles de grande envergure avec des célébrités.
Le PDG de Meta, Mark Zuckerberg, reste pour sa part intimement convaincu que les lunettes connectées ont le potentiel de remplacer les smartphones à l'avenir. Face à cette volonté d'expansion, il est très probable que la controverse autour de cet outil s'aggravera proportionnellement à l'augmentation de ses ventes. Mark Zuckerberg est obsédé par cette idée, comme c'était le cas avec le métavers, qui a été un gros flop ayant saigné 80 milliards de dollars.
Et vous ?
Quel est votre avis sur le sujet ?
Que pensez-vous des dangers liés aux lunettes connectées, en particulier pour les femmes ?
Qui doit être tenu responsable des usages malveillants de ces appareils ? L'utilisateur ou le fabricant ?
Meta continue d'ajouter des capacités d'IA à ses lunettes connectées malgré les dangers. Qu'en pensez-vous ?
Comment faire face aux risques liés à l'utilisation des lunettes connectées ? Faut-il interdire ces dispositifs portables ?Voir aussi
Pensez-y deux fois avant d'acheter ou d'utiliser les Ray-Ban de Meta : si vous envisagez d'acheter des lunettes connectées, vous ne serez pas le seul à pouvoir voir et entendre vos enregistrements, selon l'EFF
Meta teste actuellement des lunettes IA dotées d'une « super-capacité de détection » qui enregistrent en continu et à l'insu de l'utilisateur et prennent des photos toutes les quelques secondes
Le chantage via des lunettes connectées est désormais réel : un homme a secrètement filmé une femme via ces dispositifs, diffusé les images sur les réseaux sociaux, puis exigé un paiement pour les supprimer
Vous avez lu gratuitement 186 articles depuis plus d'un an.
Soutenez le club developpez.com en souscrivant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.
Soutenez le club developpez.com en souscrivant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.